La filière cacao ivoirienne traverse une zone de fortes turbulences, révélant les limites d’un modèle de stabilisation pourtant présenté comme protecteur des producteurs. Malgré l’annonce par l’État du rachat de 123 000 tonnes de cacao invendu, la crise est loin d’être résorbée.
Un choc des prix qui déstabilise toute la chaîne
La chute des cours mondiaux a pris de court exportateurs et négociants ayant contracté à des prix plus élevés avec le Conseil du Café-Cacao (CCC). Incapables d’honorer leurs engagements, certains opérateurs ralentissent les enlèvements, entraînant des blocages logistiques dans les ports d’Abidjan et de San Pedro et une perturbation de la commercialisation intérieure.
Un surplus amplifié par des effets pervers
Le mécanisme de vente anticipée de 85 % de la production, combiné à la fixation d’un prix garanti à 2 800 FCFA/kg, a contribué à une accumulation exceptionnelle de fèves. L’arrêt de la contrebande vers les pays voisins, l’afflux de cacao en provenance de la sous-région et le stockage spéculatif de stocks anciens ont gonflé artificiellement l’offre disponible, dépassant largement les prévisions initiales.
Multinationales et bras de fer sur les prix
Au cœur de la crise se joue un rapport de force déséquilibré entre producteurs, régulateur et multinationales de l’exportation. Profitant du contexte baissier, ces dernières exigent la réduction du différentiel d’origine et la remise en cause du Différentiel de Revenu Décent (DRD), pourtant conçu pour lutter contre la pauvreté structurelle des producteurs. Une stratégie perçue par de nombreux observateurs comme spéculative plus qu’économique.
L’État en bouclier, mais jusqu’à quand ?
En maintenant le prix garanti et en finançant l’écart avec les cours internationaux, l’État ivoirien joue un rôle d’amortisseur social. Cette intervention évite une crise immédiate dans les zones rurales, mais elle pèse sur les finances publiques et ne règle pas les causes structurelles du problème.
Un avertissement pour l’avenir
À l’image de la crise arachidière au Sénégal, la situation actuelle du cacao ivoirien rappelle qu’un secteur stratégique ne peut reposer durablement sur un équilibre fragile entre régulation publique et dépendance aux acteurs internationaux. Sans réforme de la gouvernance, de la commercialisation et du rôle des producteurs, la filière restera exposée aux chocs des marchés mondiaux.







