Alors que le Maroc touchait du doigt son sacre continental, le 18 janvier dernier, le génie de Brahim Díaz s’est envolé dans le ciel de Rabat. En tentant une Panenka face à Édouard Mendy, après 17 minutes d’un chaos surréaliste, la star des Lions de l’Atlas est passée en un instant du statut de héros à celui de paria.
Mais saviez-vous que la Panenka hante l’imaginaire des non-initiés du football depuis ce raté devenu historique, survenu lors de la finale de la CAN 2025 ?
Qu’est-ce qu’une Panenka ?
Inventé par le Tchécoslovaque Antonín Panenka en 1976, ce geste est une anomalie statistique. Là où la logique commande une frappe puissante pour réduire le temps de réaction du gardien, la Panenka mise sur la lenteur. Il s’agit d’un lob subtil, caressé du bout du pied, visant le centre du but.
Son principe repose sur une lecture psychologique : dans près de 90 % des cas, lors d’un penalty à très haute pression, le gardien plonge par instinct de survie. La Panenka exploite précisément cette impulsion.
Le 18 janvier 2026 restera gravé comme la nuit où le temps s’est figé au stade Prince Moulay Abdallah. À la 98e minute, Brahim Díaz, prodige du Real Madrid, s’avance pour tirer un penalty censé offrir au Maroc sa deuxième étoile continentale. Dix-sept minutes d’interruption plus tard, il s’élance, effleure le ballon… et offre à Édouard Mendy l’arrêt le plus facile de sa carrière. En une seconde, la Panenka venait de réclamer une nouvelle victime.
La Panenka, un jeu de pile ou face
Ce geste ne connaît aucune demi-mesure. Il est soit héroïque, soit pathétique. En 2006, lors de la finale de la Coupe du monde, face à Gianluigi Buffon, considéré alors comme le meilleur gardien de la planète, Zinedine Zidane ose la Panenka. Le ballon heurte la barre, franchit la ligne de quelques centimètres, et entre dans l’histoire.
2025 : Díaz rejoint le cercle des « suicidés de la Panenka »
Face à un Édouard Mendy imperturbable, le geste est perçu comme une déconnexion totale de l’enjeu. Là où le public attendait de la rage et de la puissance, Díaz a proposé de la dentelle. Une erreur de lecture qui transforme instantanément le tireur en coupable idéal.
Le contexte, principal accusé
Rester 17 minutes avec la pression d’un peuple sur les épaules refroidit les muscles et surcharge le cerveau.
L’adversaire, lui, n’était pas n’importe lequel. Édouard Mendy n’est pas un gardien impulsif : c’est un analyste. En restant debout, il a transformé l’audace de Díaz en offrande presque humiliante.
Un héritage lourd à porter
Désormais, le nom de Brahim Díaz se retrouve associé à ceux de Mickaël Landreau (2004) ou de Gary Lineker (1992) dans la catégorie des « suicidés de la Panenka ». Ce geste, ode à la liberté créative, rappelle cruellement que le football demeure avant tout un sport de résultats.
Comme le disait Antonín Panenka lui-même : « Si j’avais raté ce tir en 1976, j’aurais fini ouvrier d’usine pendant trente ans. »
Pour Díaz, le chemin de la rédemption passera par Madrid. Mais le souvenir de cette caresse manquée hantera longtemps les nuits de Rabat.







