Le temps d’une finale de Coupe d’Afrique des nations (CAN), les relations entre le Maroc et le Sénégal ont été marquées par des scènes de violences dans les gradins et aux abords du stade Prince Moulay Abdellah de Rabat.
Des rapports jusque-là fraternels, anciens et souvent cités comme un modèle en Afrique, lient le Royaume du Maroc et la République du Sénégal. Ces relations, fondées sur une histoire partagée, une solidarité constante, une spiritualité vivante et une vision commune du continent africain, avaient été rappelées à la veille du match par l’ambassadrice du Royaume chérifien à Dakar, qui appelait au fair-play. Le ministre sénégalais des Affaires étrangères avait, lui aussi, insisté sur la profondeur des liens historiques et amicaux entre les deux peuples.
Les autorités des deux pays espéraient que l’esprit de responsabilité et de fair-play des supporters viendrait renforcer cette cohésion. Mais cette unité a été mise à rude épreuve lors de l’ultime rencontre du tournoi, qui devait être une fête du football africain.
En effet, des supporters sénégalais ont tenté d’envahir la pelouse pendant une quinzaine de minutes pour protester contre l’attribution d’un penalty en faveur du Maroc dans les toutes dernières secondes du temps additionnel, alors que Brahim Diaz s’apprêtait à le tirer. Cette tentative a entraîné des affrontements entre supporters des deux équipes, avant que les stadiers, les forces de l’ordre et les organisateurs ne parviennent à rétablir le calme. Plusieurs projectiles, dont au moins un siège, ont été lancés sur la pelouse.
Un peu plus tôt, joueurs et encadrement technique sénégalais avaient quitté le terrain dans un climat de forte tension, avant de revenir après l’intervention de Sadio Mané. Le penalty sera finalement manqué.
D’autres scènes de tension ont également été observées côté marocain. Sous une forte pluie, des ramasseurs de balles et un joueur remplacé en seconde période, Ismaël Saibari, ont tenté à plusieurs reprises de s’emparer de la serviette du gardien sénégalais Édouard Mendy afin de l’empêcher de sécher ses gants. Une altercation s’en est suivie avec Yehvann Diouf, autre portier sénégalais, venu s’interposer, au point d’être poursuivi à proximité du terrain sous les yeux de milliers de spectateurs.
Ces actes, à l’opposé des valeurs de fair-play, ont été aggravés par des rumeurs faisant état de la mort d’un supporter sénégalais à l’extérieur du stade. Plusieurs sites sénégalais ont évoqué le décès de Mbaye Diouf après la finale. Toutefois, la Direction générale de la sûreté nationale du Maroc a formellement démenti cette information dans un communiqué.
Par ailleurs, la police marocaine a interpellé, le dimanche 18 janvier, 18 supporters sénégalais ainsi qu’un supporter algérien, soupçonnés d’implication dans les violences survenues lors de la finale Sénégal–Maroc, selon une source judiciaire citée par l’AFP. Les supporters sénégalais ont été placés en garde à vue sur instruction du parquet près le tribunal de première instance de Rabat, pour des faits qualifiés d’« actes de hooliganisme commis à l’intérieur du stade ».
Pourtant, tout au long de la CAN, à Rabat, Tanger, Casablanca, Marrakech, Agadir et dans plusieurs autres villes marocaines, les peuples marocain et sénégalais ont offert au monde une image remarquable de respect, de maturité et de fraternité. Une illustration du pouvoir du sport à rapprocher les peuples lorsqu’il est porté par des valeurs positives. Nombreux étaient d’ailleurs ceux qui souhaitaient voir les deux pays s’affronter en finale.
Ces altercations, limitées au temps d’un match de football, n’en demeurent pas moins un épisode regrettable, venant ternir, même brièvement, l’image d’une amitié profonde et durable entre deux peuples frères.
Mamadou Dieng







