L’imam Mahmoud Dicko, l’une des figures religieuses les plus influentes du Mali, tente depuis son exil en Algérie de reconstruire un front politique contre la junte qui dirige le pays d’une main de fer. À travers la Coalition des Forces pour la République (CFR), lancée début décembre 2025, il cherche à fédérer les mécontentements d’un pays épuisé par plus de dix ans de violences et une crise économique sans précédent.
Les attaques jihadistes se sont intensifiées ces derniers mois, ciblant notamment les convois de carburant et les sites industriels, paralysant l’économie jusque dans la capitale. L’armée malienne, appuyée par des paramilitaires russes accusés d’exactions, ne parvient pas à freiner l’expansion des groupes affiliés à Al-Qaïda.
Dans le même temps, les autorités militaires ont drastiquement refermé l’espace politique : partis dissous, voix critiques réprimées, opposition réduite au silence. La transition, au pouvoir depuis le coup d’État de 2020, semble s’installer durablement.
Dicko, de figure religieuse à opposant en exil
Déjà moteur des mobilisations qui avaient provoqué la chute du président Ibrahim Boubacar Keïta en 2020, Mahmoud Dicko avait d’abord soutenu les militaires avant d’en devenir l’un des plus virulents critiques. Ses relations avec la junte s’étant dégradées, il s’est exilé en Algérie fin 2023. Fin décembre 2025, il réapparaît dans une vidéo où il appelle les Maliens à « se lever » et à « se réunir » pour mettre fin aux souffrances du pays. S’exprimant en bambara et en peul, il cherche à renouer avec les différentes communautés d’un Mali fracturé.
La CFR : une coalition dispersée, mais ambitieuse
La coalition qu’il dirige regroupe opposants politiques, intellectuels, militaires républicains et membres de la société civile, pour la plupart en exil. Beaucoup ne révèlent pas leur identité, craignant des représailles. La CFR vise une transition courte, le rétablissement des libertés fondamentales et un dialogue national incluant les groupes armés, une position que Dicko défend depuis longtemps. Le mouvement appelle à une résistance non violente, estimant que l’État est affaibli, les institutions détournées et la souveraineté confisquée.
Malgré l’écho de son appel, aucune mobilisation d’envergure n’a été observée au Mali. La junte minimise son influence, affirmant que l’imam est « l’ombre de lui-même ». Des analystes jugent qu’il est « peu réaliste » d’imaginer qu’il puisse renverser les militaires à court terme. Pourtant, la seule rumeur de son retour avait suffi à déclencher un important déploiement sécuritaire à Bamako en 2025 — preuve que son aura, même diminuée, continue d’inquiéter le pouvoir.







