Jeudi 15 janvier, des millions d’Ougandais sont appelés aux urnes pour renouveler leur Président et le Parlement. En lice : l’inamovible Yoweri Museveni, 81 ans, au pouvoir depuis 1986, et le chanteur-turned-politicien Bobi Wine (Robert Kyagulanyi), 43 ans. Mais derrière l’apparence d’une démocratie, ce scrutin s’annonce sous tension, marqué par une campagne répressive et des inquiétudes généralisées.
40 ans de pouvoir et dérives autoritaires
Museveni, déjà au pouvoir depuis quatre décennies, postule pour un septième mandat. Son long règne s’est accompagné de réformes constitutionnelles successives, toutes visant à prolonger son mandat à vie. Aujourd’hui, il fait office de « formalité électorale » pour beaucoup d’observateurs, qui y voient peu de chances d’alternance.
Intimidation et harcèlement de l’opposition
Le scrutin s’ouvre dans un contexte de répression marquée. Un rapport de l’Office des droits de l’Homme de l’ONU décrit des arrestations systématiques, levées de barrières à la liberté d’expression, raids sur les locaux de l’opposition, saisie d’équipements de campagnes, suspension de radios et surveillance renforcée des ONG.
Bobi Wine, fréquemment appréhendé par les forces de l’ordre, a mené sa campagne en gilet pare-balles, affirmant que « la course électorale s’est transformée en guerre » – une métaphore lourde de sens, reflétée dans l’utilisation de balles réelles lors des dispersions de ses partisans.
Selon l’ONU, les autorités ont recouru à de nouveaux outils légaux (lois sur les ONG, sur les technologies, et sur l’armée) pour faire taire la dissidence. Des ONG comme Amnesty International signalent environ 400 arrestations d’activistes et partisans de la National Unity Platform (NUP) ces derniers mois. Des témoignages font aussi état de torture, usage de gaz lacrymogènes, matraquages, et même répression létale : au moins un décès lors d’un rassemblement à Kampala en novembre. Un expert de l’ONU, Volker Türk, met en garde contre l’usage excessif de la force, y compris létale, pour disperser des manifestations pacifiques.
L’opposition victime de procès militaires et d’enlèvements
Kizza Besigye, vétéran de l’opposition et ancien candidat, est détenu pour trahison après une arrestation controversée au Kenya en novembre 2024 et un transfert devant une cour martiale. Son cas illustre une tendance inquiétante : l’usage de tribunaux militaires pour juger des civils. Des journalistes, défenseurs des droits et blogueurs sont également ciblés, avec confinement arbitraire, détention, et intimidations.
Une jeunesse mobilisée malgré la peur
Malgré la menace, la jeunesse reste engagée. Plus de 70 % de la population a moins de 30 ans et n’a connu que Museveni. Beaucoup d’entre eux, emmenés par Bobi Wine, considèrent le vote comme un enjeu crucial. Les rassemblements du chanteur ont souvent dépassé les attentes en affluence, signe d’un désir de renouveau.
Selon des experts, le véritable enjeu n’est pas tant l’acte électoral que les jours qui suivront. Qui héritera réellement du pouvoir ? Le fils de Museveni, le général Muhoozi Kainerugaba (à la tête de l’armée), est vu comme une clé du prochain chapitre, notamment en raison de sa position dans l’appareil sécuritaire.






