À quelques heures d’un scrutin présidentiel sous haute tension, le portrait de Robert Kyagulanyi, alias Bobi Wine, s’affiche sur les murs de la capitale comme l’unique rempart d’une jeunesse ougandaise assoiffée de changement. Récit de l’ascension d’un homme qui fait trembler le pouvoir, entre gilet pare-balles et slogans de rupture.
L’image est devenue virale : un homme de 43 ans, le visage marqué par la fatigue mais le regard résolu, haranguant une foule compacte depuis le toit d’un 4×4, coiffé d’un casque de protection. Ce n’est pas une scène de guerre, mais le quotidien de la campagne électorale de Robert Kyagulanyi. Pour celui que ses partisans appellent encore le « Président du Ghetto », l’élection du 15 janvier 2026 n’est pas qu’un simple rendez-vous démocratique : c’est une mission de survie.
Du micro à la politique : la voix des sans-voix
Rien ne prédestinait cet enfant des bidonvilles de Kamwokya à défier l’un des plus anciens dirigeants d’Afrique. Star du reggae et du dancehall, Bobi Wine a longtemps fait danser l’Ouganda avant de le faire réfléchir. En 2017, il échange ses dreadlocks pour le costume de député. Sa musique, qu’il nomme « edutainment » (éducation par le divertissement), devient une profession de foi. Corruption, chômage, manque de soins : il chante le quotidien des jeunes Ougandais.
Le symbole d’une fracture générationnelle
Le 15 janvier, le duel sera total. D’un côté, Yoweri Museveni, 81 ans, ex-guérillero au pouvoir depuis 1986, dont la légitimité repose sur la stabilité passée. De l’autre, Bobi Wine, 43 ans, né quatre ans avant l’arrivée de son rival au palais présidentiel. Pour les 75 % d’Ougandais de moins de 30 ans, Bobi Wine est le miroir de leurs aspirations. Son parti, la National Unity Platform (NUP), est devenu en quelques années la première force d’opposition au Parlement. « Nous ne nous battons pas contre un homme, mais contre un système qui nous a oubliés », répète-t-il lors de ses meetings, souvent interrompus par des gaz lacrymogènes.
Une campagne sous haute protection
Ce scrutin de 2026 s’annonce encore plus dur que celui de 2021. Bobi Wine mène sa campagne en gilet pare-balles, une nécessité après avoir été blessé par une grenade lacrymogène en août dernier et avoir vu plusieurs de ses partisans tomber sous les balles ou être emprisonnés. L’organisation de défense des droits de l’homme Amnesty International dénonce une « campagne de répression systématique » avec plus de 400 arrestations de membres de son parti ces derniers mois.
L’incertitude du 15 janvier
Alors qu’Internet commence à vaciller ce mardi 13 janvier, signe annonciateur d’un black-out numérique imminent, Bobi Wine appelle ses partisans à « protéger le vote ».
Malgré l’omniprésence de l’armée dans les rues de Kampala et l’emprisonnement d’autres figures de l’opposition comme Kizza Besigye, le « Ghetto President » refuse de plier.
L’enjeu du vote est désormais clair : le maintien d’une présidence à vie, ou le saut dans l’inconnu avec un leader qui a transformé sa popularité musicale en un mouvement de résistance civile sans précédent.






