Le rapport de novembre 2025 du Timbuktu Institute met en lumière l’intensification des opérations de la Jama’at Nusrat al-Islam wal Muslimin (JNIM) contre les intérêts économiques étrangers au Sahel, révélant une stratégie hybride mêlant pression politique, fragilisation des régimes militaires et perturbation économique.
L’année 2025 a été marquée par une série d’attaques ciblées et coordonnées contre des sites industriels et des infrastructures stratégiques dans la région sahélienne. Parmi les faits saillants, l’enlèvement de ressortissants étrangers, dont des Émiratis, un Iranien, des Indiens et des Chinois, a conduit au paiement de rançons estimées entre 50 et 70 millions de dollars. Ces événements ont ravivé les interrogations sur la sécurité des investissements et la viabilité économique dans un espace déjà fragilisé par l’instabilité.
La stratégie du JNIM dépasse les simples attaques armées : le groupe cherche à asphyxier les économies locales en perturbant les chaînes logistiques, en s’attaquant aux sites miniers (or, lithium, uranium) et aux infrastructures industrielles, tout en exploitant les griefs locaux contre les investisseurs étrangers qu’il qualifie de “colonisateurs économiques”. Les cibles ne se limitent pas à un pays ou un type d’investisseur : entreprises chinoises, occidentales et russes sont touchées, malgré les tentatives des autorités maliennes d’attirer de nouveaux partenaires non occidentaux, comme la Chine, la Russie et la Turquie.
Le rapport souligne que cette offensive économique a des conséquences directes et interconnectées :
Humaines : pertes de vies et pressions diplomatiques sur les pays d’origine des otages.
Économiques : interruptions de production, coûts sécuritaires accrus, blocages logistiques et risques de désinvestissement massif.
Stratégiques : fragilisation du soft power des investisseurs, délégitimation des régimes locaux et menace sur les corridors commerciaux régionaux, avec un potentiel débordement vers les pays côtiers.
Les attaques récentes, notamment dans la région aurifère de Kayes, illustrent une capacité opérationnelle croissante du JNIM à mener simultanément plusieurs raids sur des fronts différents. Des sites industriels chinois ont été attaqués entre juillet et août, tandis que la mine de lithium de Bougouni, exploitée par la société britannique Kodal Minerals, a subi une attaque faisant un mort parmi le personnel de sécurité. Ces incidents confirment l’adoption d’une stratégie sophistiquée mêlant pression économique et attaque symbolique contre la présence étrangère.
Le rapport note également que le repositionnement diplomatique des autorités locales vers de nouveaux partenaires n’a pas suffi à sécuriser les projets économiques, accentuant la vulnérabilité des investissements étrangers et fragilisant les régimes en place. La menace du JNIM apparaît ainsi endémique et hybride, combinant dimension terroriste, économique et politique.
Face à cette situation, le Timbuktu Institute recommande aux investisseurs étrangers de renforcer leurs stratégies d’adaptation : sécurisation accrue des sites, investissement dans des projets à bénéfice communautaire et coopération étroite avec les autorités locales. Selon le rapport, le JNIM ne vise pas spécifiquement certains pays ou compagnies, mais utilise le “Jihad économique” comme levier pour asphyxier les économies et consolider son contrôle territorial.
Li’offensive du JNIM illustre la complexité et l’ampleur de la menace hybride au Sahel, où l’insécurité n’est plus uniquement une question militaire mais un facteur structurant de risque économique et politique pour l’ensemble des acteurs étrangers et locaux.


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