Il était le dernier fugitif, celui dont la légende semblait défier les murs de béton et les forces spéciales. Après une cavale spectaculaire de dix mois qui l’avait élevé au rang d’ennemi public numéro un, Claude Pivi, figure centrale du massacre du 28 septembre 2009, a vu son odyssée s’achever non pas sur un champ de bataille, mais dans l’isolement d’une cellule. Quelques semaines après son extradition du Liberia, le « colonel Coplan » s’est éteint en détention le 3 octobre 2024, emportant avec lui une part de l’histoire sombre de la Guinée.
De la cavale à la chute
Depuis son évasion de la Maison centrale de Conakry, le 4 novembre 2023, Claude Pivi alimentait tous les fantasmes. Sorti de prison par un commando armé dirigé par son propre fils, Verny, il était devenu l’homme dont la tête était mise à prix pour plus de 50 000 euros. Pour beaucoup de Guinéens, sa capacité à se fondre dans la nature malgré le déploiement technologique des autorités relevait du surnaturel. « Mystiquement, il est très fort. Disparaître ainsi, avec toutes les caméras en ville, c’était extraordinaire », confiait alors un avocat du procès.
L’épilogue a pourtant été plus prosaïque. Localisé et arrêté au Liberia le 17 septembre 2024, affaibli par des mois de vie clandestine en brousse, il est ramené à Conakry pour purger sa peine de prison à perpétuité. Mais l’homme de fer ne survivra pas à son retour derrière les barreaux, succombant, selon les autorités, à des complications liées à son état de santé.
Un guerrier entre cauris et karaté
L’influence de Pivi a pris racine à la fin des années 2000, sous la junte de Moussa Dadis Camara. Ministre chargé de la Sécurité présidentielle, il était l’un des piliers du régime. En période de tension, le militaire troquait son béret rouge du Bata (Bataillon autonome des troupes aéroportées) pour une coiffe ornée de cauris, ces coquillages protecteurs qui lui donnaient l’allure d’un guerrier traditionnel.
Les témoignages de ses anciens frères d’armes frôlent souvent le réalisme magique. On raconte qu’il pouvait « transformer son visage » ou briser des briques à main nue lors de démonstrations de karaté dans les camps militaires. Descendant de Zegbela Togba, figure historique de la résistance anticoloniale, Pivi incarnait cette Guinée forestière où le pouvoir militaire se double d’une puissance fétichiste.
Le silence d’un symbole
Respecté dans sa région natale, craint et admiré à Conakry pour ses prouesses supposées, Pivi a longtemps été sous-estimé en raison de son profil de soldat de terrain, loin des diplômes universitaires des salons ministériels. Pourtant, son évasion sanglante, qui a coûté la vie à quatre membres des forces spéciales et deux civils, avait prouvé que son influence restait intacte.
Sa mort en prison marque la fin d’une époque. Pour les victimes du 28 septembre 2009, c’est un acteur clé qui disparaît sans avoir pu affronter la totalité de sa sentence. Pour ses partisans, c’est l’extinction d’un mythe que l’on croyait invincible. En mourant captif, celui que l’on disait capable de se « rendre invisible » a finalement rejoint la réalité commune des hommes, laissant derrière lui une trace indélébile et sanglante dans les annales guinéennes.






