Entre recadrages publics, exigences de reddition de comptes et tensions budgétaires, le Premier ministre sénégalais semble avoir placé ses ministres sous une surveillance de fer. Une question brûle désormais les lèvres à Dakar : Ousmane Sonko est-il en rupture de ban avec sa propre équipe ?
Le ton est monté d’un cran lundi dernier dans le bassin arachidier. Face aux acteurs de la filière, Ousmane Sonko n’a pas utilisé la langue de bois diplomatique pour désigner les coupables du retard de la campagne agricole. En ligne de mire : son ministre des Finances, Cheikh Diba, accusé de « défaillance » dans la mobilisation des fonds. Mais ce coup de semonce n’est pas un incident isolé.
Un gouvernement sous haute surveillance
Selon nos informations, le malaise est plus profond. Le Premier ministre ne se contente plus de diriger, il surveille. En cause, son différend avec l’actuel ministre de l’environnement Dr Abdourahmane Diouf. Cette pression s’est également manifestée envers le ministre de l’Agriculture, lui aussi passé au gril des critiques de la Primature. Sonko semble reprocher à ses lieutenants un manque d’anticipation et une lenteur administrative incompatible avec l’urgence du « Projet ».
Le duel Sonko-Diba : symptôme d’une fracture ?
Au cœur de cette tempête, le désaccord avec le ministre des Finances, Cheikh Diba, cristallise les tensions. Là où Sonko exige des solutions immédiates « peu importe la manière », Diba plaide pour une rigueur structurelle, refusant que le budget de l’État serve de filet de sécurité éternel à un système de financement à bout de souffle.
Entre velléités de démission et arbitrages complexes au Palais, la coordination gouvernementale vacille.
L’analyse : une stratégie de la tension ?
La problématique est désormais posée : Sonko en veut-il à son gouvernement ? Pour certains analystes, c’est une technique de management par le choc. En exposant publiquement les failles de ses ministres, le Premier ministre se dédouane des lenteurs devant l’opinion publique et rejette la responsabilité de l’exécution sur ses équipes.
Pour d’autres, c’est le signe d’une méfiance politique croissante. En exigeant des comptes permanents et en multipliant les sorties acerbes, Ousmane Sonko envoie un message clair : personne n’est à l’abri d’un limogeage si la cadence n’est pas tenue. À l’approche d’échéances cruciales pour l’économie rurale, cette atmosphère de « guerre froide » au sommet de l’exécutif pourrait bien devenir le principal obstacle à l’action gouvernementale.






