Les signaux envoyés par les marchés financiers internationaux convergent vers un même diagnostic : une restructuration de la dette extérieure du Sénégal apparaît de plus en plus probable. Selon l’analyse de l’expert en finance et politiques publiques Seydina Alioune Ndiaye, les investisseurs ont largement intégré l’hypothèse d’un défaut à court ou moyen terme.
En trois mois, entre septembre et décembre 2025, les Eurobonds sénégalais ont perdu environ 20 % de leur valeur. Plusieurs titres se négocient désormais autour de 50 centimes pour un euro, y compris des échéances relativement proches. Les prêts commerciaux arrivant à maturité début 2026 affichent eux aussi des décotes significatives, traduisant l’anticipation d’importantes difficultés de remboursement.
Cette dégradation est intervenue après l’échec d’un accord avec le FMI assorti de décaissements et des déclarations officielles excluant une restructuration, qui ont dissipé les espoirs d’un soutien financier international rapide. Dans le même temps, les spreads obligataires du Sénégal ont fortement augmenté, rendant l’accès au marché international quasiment fermé.
Plusieurs analyses d’institutions financières internationales évoquent désormais explicitement un risque élevé de défaut à l’horizon 2026. La structure de la dette extérieure, estimée à plus de 47 milliards de dollars et dominée par des créanciers multilatéraux et privés, rend toute restructuration complexe, mais difficilement évitable au regard des indicateurs de soutenabilité. Le service de la dette absorbe une part jugée excessive des exportations et des ressources nationales.
Sur le plan régional, une restructuration implicite est déjà à l’œuvre. Le recours aux Appels publics à l’épargne a permis de transformer une partie de la dette bancaire en obligations afin d’éviter une crise de liquidité immédiate. Cette stratégie a toutefois accru l’exposition des banques au risque souverain, contribuant à la dégradation récente de la notation du système bancaire sénégalais.
Dans ce contexte, l’analyse de Seydina Alioune Ndiaye souligne que la question ne porte plus uniquement sur l’éventualité d’une restructuration, mais sur ses modalités, son calendrier et sa capacité à préserver la stabilité financière et économique du pays.







