Son nom continue de résonner dans les annales du football africain : Pierre Ndiaye Mulamba. Cinquante et un ans après son épopée égyptienne de 1974, son record de neuf buts en une seule phase finale de Coupe d’Afrique des Nations (CAN) tient toujours, tel un monument que personne n’ose gravir.
Mais derrière le buteur de génie surnommé « Volvo » se cache l’histoire déchirante d’un homme que la gloire a d’abord couronné, avant que l’injustice ne le brise.
Le « Volvo »
Né en 1948 à Luluabourg (devenue Kananga), Ndiaye Mulamba n’était pas destiné au gazon. Son père, obsédé par l’éducation, voulait en faire un instituteur. Mais le destin en a décidé autrement. Très vite, son style de jeu — un mélange de puissance et d’agilité — lui vaut le surnom de « Volvo ». Sur le terrain, il est une machine. Pour les gardiens de but du Kasaï, puis de l’AS Vita Club, il devient « Mutumbula » : l’assassin.
L’année 1974 est celle de son apogée. En demi-finale, il terrasse l’Égypte chez elle avec un doublé. En finale contre la Zambie, il récidive : deux buts lors du premier match (nul), et deux buts lors du match d’appui décisif. Neuf buts en six matchs. Le Zaïre (actuelle RDC) est sur le toit de l’Afrique, porté par son roi Mulamba.
Le déclin d’une idole
Mais le football est ingrat. Quelques mois plus tard, le Mondial en Allemagne tourne au fiasco. Primes non versées par le régime de Mobutu, humiliation face à la Yougoslavie (9-0), et pour Mulamba, un carton rouge injuste. À son retour, le tapis rouge est déjà rangé. Les maisons et voitures promises ne sont, pour beaucoup, que des mirages.
Le drame survient une nuit d’avril 1994. Des hommes en uniforme, croyant qu’une star de son rang cache un trésor, attaquent son domicile. Ndaye est grièvement blessé à la jambe. Son fils, Tridon, n’y survivra pas. C’est le début d’un long exil vers l’Afrique du Sud, où le recordman africain finit par vivre dans l’anonymat, survivant grâce à de petits boulots de gardien de parking.
Une reconnaissance tardive
Il a fallu attendre 1998 pour que le monde se souvienne qu’il était encore en vie, alors que certains médias annonçaient déjà son décès. Honoré tardivement par la CAF et la FIFA, Ndiaye Mulamba s’est éteint en 2019 à Johannesburg, à l’âge de 70 ans.
Aujourd’hui, alors que les attaquants modernes peinent à atteindre la barre des cinq buts, le fantôme de « Mutumbula » plane toujours sur chaque édition de la CAN. Il reste le symbole d’une Afrique flamboyante, capable du plus grand génie, mais aussi d’un oubli cruel envers ses propres héros.
« Le football m’a apporté autant de joies que de peines. Mais je suis heureux, car j’ai servi mon pays », disait-il.





