Sur les côtes guinéennes, une nouvelle voie migratoire clandestine se dessine, révélant l’ampleur du désespoir qui pousse des milliers de jeunes à quitter leur pays. Safiatou Bah, 33 ans, a pris une décision déchirante : laisser ses trois enfants derrière elle pour tenter la traversée vers l’Europe. « Je pars parce que je souffre ici. Tu te bats et il n’y a personne qui t’aide », confie-t-elle.
Une route inédite et dangereuse
Jusqu’ici, la Guinée n’était pas un point de départ majeur. Mais le renforcement des contrôles au Sénégal, en Mauritanie et au Maroc a déplacé les départs vers le sud. Depuis le printemps, au moins huit bateaux ont quitté les côtes guinéennes, chacun transportant plus d’une centaine de personnes, selon des ONG. Ces pirogues visent les îles Canaries, principale porte d’entrée en Europe pour les migrants africains.
Des raisons profondes
La pauvreté, le chômage massif et l’absence de perspectives minent la jeunesse guinéenne. « Ici, on a plus de 150 jeunes et aucun n’a de travail », lâche Ibrahima Baldé, responsable associatif à Yattaya. Malgré des études, beaucoup ne trouvent pas d’emploi. Le pays, dirigé par une junte depuis quatre ans, peine à offrir des solutions.
Une hémorragie migratoire
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : les Guinéens sont désormais la première nationalité africaine à demander l’asile en France, avec 11 336 demandes en 2024, selon l’Ofpra. « Nous en sommes conscients, parce que c’est nous qui perdons nos fils et ces jeunes… », déplore Mamadou Saïtiou Barry, directeur général des Guinéens établis à l’étranger.
Des risques mortels
Pour Abdourahim Diallo, père de deux enfants, la migration est devenue une obsession. Après trois tentatives infructueuses, il s’apprête à repartir. « Là où nous sommes, on est déjà morts… Vaut mieux tenter », résume-t-il. Les dangers sont multiples : naufrages, violences, rackets, viols. « Je demande à Dieu de me protéger », souffle Safiatou.
Avec les agences






