Sous couvert de “sécurité nationale”, le coup d’État du 26 novembre révèle une vérité glaçante : la cocaïne n’est plus seulement un trafic, elle est devenue un acteur politique majeur. Entre corruption endémique, armée complice et pauvreté chronique, la Guinée-Bissau s’enfonce dans la logique du narco-État.
Les militaires affirment avoir agi pour « rétablir l’ordre » face à un complot impliquant des « barons de la drogue ». Mais ce discours sécuritaire masque une réalité : la Guinée-Bissau est depuis longtemps un narco-État, où l’économie de la cocaïne s’entremêle avec les réseaux politiques et militaires. Des villas surgissent, des 4×4 rutilants sillonnent les rues, tandis que plus d’un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté. Ce contraste n’est pas anecdotique : il est le symptôme d’un système où la corruption est structurelle.
Depuis les années 2000, Bissau est une plaque tournante pour la cocaïne latino-américaine en route vers l’Europe. Les chiffres sont vertigineux : des tonnes saisies, des trafiquants colombiens visibles dans les hôtels de la capitale, et des campagnes électorales financées par l’argent sale. Le GI-TOC parle d’un marché « plus lucratif que jamais ». Comment, dans ces conditions, imaginer des élections libres et transparentes ?
Le coup d’État survient au moment où les résultats du scrutin du 23 novembre devaient être proclamés. Fernando Dias, principal opposant, revendique la victoire et accuse Embaló d’avoir orchestré son propre renversement pour bloquer l’alternance.
Goodluck Jonathan, ancien président nigérian, parle d’un « coup factice ». Si ces accusations se confirment, nous ne sommes pas face à une lutte contre le narcotrafic, mais à une mise en scène cynique pour préserver des intérêts.
Certes, la coopération internationale progresse : extraditions vers les États-Unis, saisies record, surveillance accrue. Mais ces succès ponctuels ne suffisent pas à démanteler un système où l’armée, les élites politiques et les trafiquants partagent des intérêts communs. Tant que la cocaïne restera la rente la plus sûre, la tentation de manipuler le jeu électoral et de militariser le pouvoir sera irrésistible.
La Guinée-Bissau n’est pas seule. L’Afrique de l’Ouest est devenue une escale stratégique pour les drogues, et la fragilité institutionnelle nourrit une spirale dangereuse : coups d’État, criminalité, pauvreté. Les sanctions de la Cedeao et de l’Union africaine sont nécessaires, mais insuffisantes. Ce qu’il faut, c’est un triptyque : coopération judiciaire crédible, reconstruction des contre-pouvoirs, et diversification économique. Sans cela, la promesse de « rétablir l’ordre » ne sera qu’un interlude avant la prochaine secousse.
La question est simple : la Guinée-Bissau peut-elle redevenir un État avant de sombrer définitivement dans la logique du cartel ? Pour l’instant, la cocaïne continue de dicter l’agenda.
B.B






