Au Bénin, l’État reconnaît la chefferie traditionnelle gardienne des us et coutumes dans les conditions fixées par la loi. Et le projet de loi adopté par l’Assemblée nationale découle de son rapport. Il en ressort que trois catégories d’autorités relevant de la chefferie traditionnelle sont reconnues. Il s’agit des rois, des chefs traditionnels et des chefs coutumiers.
Le projet de loi adopté au parlement pose le postulat que, dans chaque chefferie, la dévolution du pouvoir s’opère sous la supervision d’un conseil de désignation. Il crée également une chambre nationale de la chefferie traditionnelle dont les attributions, l’organisation et le fonctionnement seront déterminés par voie réglementaire. Cette adoption fait suite à l’avis favorable de la plénière après présentation d’un rapport par la commission des Lois, de l’administration et des Droits de l’Homme présidée par le député Orden ALLADATIN. Avant tout, le parlementaire a fait la lumière sur les grandes étapes de l’approche mise en œuvre dans le but de nourrir suffisamment en informations les collègues députés ayant la charge de conduire les travaux en commission avant l’étape de la plénière. Il a cité par exemple en la matière les dispositions du règlement intérieur, notamment l’article 31.1 qui renforce leurs prérogatives dans la mise en place d’une sous-commission composée des députés de toutes les tendances. Cela a en effet permis et facilité les choses dans le processus de la réorganisation de la chefferie traditionnelle au Bénin.
Quelques jours après l’adoption de la loi portant sur le cadre juridique de la chefferie traditionnelle en République du Bénin, la chaine privée béninoise Radio Sêdohoun a donné la parole à un garant de la tradition pour en apprécier la portée et schématiser les implications. Au rendez-vous de Sans Détour ce samedi 5 avril 2025, le garant de la tradition, ministre à la cour royale d’Abomey et membre de l’organisation mondiale de réveil et de valorisation des religions endogènes Mitodaxo GANSE AGONGLO, en revenant sur la démarche, a salué la clairvoyance du président de la République du Bénin Patrice TALON qui, depuis son élection en 2016, s’est engagé à opérer des réformes novatrices visant à mettre de l’ordre dans l’ensemble des domaines. Sur cette loi relative à la chefferie traditionnelle, il s’est exprimé sans langue de bois.
Chef de guerre et protecteur, garant du respect des us et coutumes, arbitre des conflits entre les individus, administrateur des ressources collectives, agent de liaison avec les forces surnaturelles, tels étaient les principaux rôles du chef et de ceux qui l’entouraient. Sa cour est parfois le premier degré de juridiction où les problèmes fonciers et de conciliation sont débattus et tranchés. Il fallait alors résoudre les équations évidentes afin d’espérer mieux dans ce domaine.
Partant de la définition du royaume, Mitodaxo GANSE AGONGLO souligne qu’un « royaume implique forcément un territoire ». « Il ne peut pas y avoir de roi sans territoire. » Avant l’arrivée de Patrice TALON, le monde traditionnel n’était pas du tout reluisant.
Beaucoup de choses se faisaient dans l’ombre et cela n’honorait pas la tradition, la culture, affirme-t-il. Pour lui, « la chefferie traditionnelle avait vraiment besoin d’un coup de pinceau. » « Il fallait un cadre réglementaire pour recadrer un peu les discordes… » Toujours dans la logique de l’éclaireur, cet acteur clé de la tradition note un changement exceptionnel de paradigmes. Ce qui l’amène à dire que le président béninois a défié cinquante ans de gouvernance à travers des actes concrets.
Sur la réforme, « il le fallait parce que l’État doit reconnaitre l’existence de ce cadre-là pour son développement culturel. » En réalité, c’est une question de développement de notre pays. Cette modernisation au niveau de la chefferie, c’est une très belle chose. Ça montre un visage clair de notre tradition. La portée de cette loi est très grande. Désormais, les dérives que nous constatons, tout ça là, est recadré… » C’est une satisfaction par rapport à l’identité culturelle du Bénin. Ainsi, les différents aspects introduits dans la loi vont inéluctablement entrainer des changements majeurs pour une image plus juste de la chefferie traditionnelle.
Toutefois, Mitodaxo GANSE AGONGLO a expliqué que quelques incohérences sont perceptibles au travers du document. Sans rejeter en bloc les résultats, il plaide pour que les acteurs de premier plan puissent davantage réfléchir afin d’apporter les réajustements nécessaires.
Sidoine AHONONGA